ÉDITORIAL

Pendant les vacances, nous avons bien le temps.

Par l'abbé Francisco

Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II, dès que le missel fut placé du côté de l'évangile, tous les dimanches, le célébrant commençait avec le chant ou la récitation avec ces mots: «In illo tempore»… «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples… ». Et par la grâce de la liturgie chrétienne, l’assemblée pouvait entrer au cœur même d’un temps nouveau, le temps chrétien, le temps racheté.

Pour un catholique, lorsque l’Evangile est proclamé, Jésus Christ lui parle en personne. Aujourd’hui dans l’Assemblée, comme il y a vingt siècles sur la terre de Palestine, en sa Personne s’approchent le Royaume, la Paix, le bonheur insurpassable, la santé inaltérable, en un mot le temps racheté. Si le fidèle ouvre sa vie à la Parole, puis s’il mange avec foi, quand elle se fait sacramentellement présente sur l’autel comme chair crucifiée et ressuscitée, il entre dans un temps qualitativement diffèrent, ce temps auquel l’aiguillon de la mort a été arraché, le temps du repos, le temps eschatologique.

Le temps qui passe est l’ennemi quotidien de l’homme: ennemi mortel, qui le tue. Illustrons un peu le propos par quelques exemples : c’est l’expérience de l’enfant qui en a assez d’être petit ; que n’est-il déjà grand ! Pendant ces vacances, combien de fois n’entendra-t-on pas le fameux… « M’man, j’m’ennuie ! j’sais pas quoi faire ! ». Ou si vous êtes à la poste, le dernier d’une file de vingt personnes, vous voyez quelqu'un de trois quart penché vers le guichet qui passe devant tout le monde et entame un soliloque qui dure, qui dure… D’où vous vient soudain cette nervosité ?, ce désir de hurler ? En vous dérobant quelques minutes, que vous prend-il donc tant, ce monsieur, pour que vous soyez à ce point dérangé?

Le temps passe inexorablement. Lorsqu’il est vide, il nous épouvante parce qu’il nous met face à la mort qui vient. Celui dont les journées sont pleines à craquer peut bien n’être que devant une illusion. L’accumulation des choses, le temps plein comme un œuf, ne remplit pas le temps : il n’est souvent qu’une fuite en avant. Que la moindre contrariété laisse le temps en suspens, il nous fait alors sentir sa morsure mortelle. Que le temps soit plein de travail ou plein de loisirs ne change rien. L’alternative doit se chercher ailleurs. En vérité, notre vie a besoin de trouver son terme, son sens, sa destination. Elle doit trouver sa direction, son sens eschatologique, qui seul lui donnera de goûter le repos. « Tu nous as crées pour toi, et notre cœur est toujours agité de trouble et d’inquiétude, jusqu’à ce qu’il trouve son repos en toi », dit St Augustin au début des Confessions (I,1). Il avait connu la vie brillante, agitée et décevante du monde, et si Jésus Christ l’en avait sauvé, il gardait le souvenir de son venin.

Comment alors se reposer en Dieu ? En prenant à chaque instant ce qu’il me donne, non plus pour satisfaire un désir, une attente, un projet, mais uniquement pour me laisser conduire par lui, emprunter ses chemins, reposer ma vie sur l’amour qu’il me témoigne, partager son intimité. Pendant ces vacances nous aurons le temps.